Mésopotamie, royaume de Mari, vers 2400 av J.C
"Caravane" Tablette 21,  1 / 7

Caravane, caravane, caravane des devins...
Les commentaires allaient bon train.

- Elle vient de Tuttul...

- Non Qattunân !

- Saggarâtum ! Saggarâtum !

- Ce sont les devins d'Ebla? Alors, ils arrivent par route de Tuttul.

Des rires de niais accueillirent mes paroles et voilà qu'ils me traitaient  de "monsieur crotte d'anus"

- Prétentieux...

- Tu nous prends toujours les paroles dans la bouche.

- Fils d'ânesse, tu es sorti comme nous d'un sexe de femme.

Moi j'en avais marre de les entendre et j'ai voulu clore le bec de ces fils de truie!

- Oui c'est vrai ! Je sais qu'ils viennent d'Ebla car j'y étais. Ce sont eux qui ont prévenu du danger du Hurrite. Bande de bouseux, les devins s'appellent Gugu Num et Num Gugu. Ils ont une grande maison à Ebla. Mon père, qui était scribe, y est allé une fois. Les devins sont très riches.

- Un esclave fils de scribe ne ramasse pas la merde.

J'ai haussé les épaules sans répondre.

"Je suis si curieux de les voir."

Mes parents ne parlaient jamais d'eux de façon ordinaire. Souvent, mon père tranchait la conversation en disant avec fierté:

"Les devins devinent bien mais ils n'écrivent pas."

De loin, je remarquai  l'allure arrogante des devins. Ils montaient des ânes rapides du pays d'Andarig... Ils étaient côte à côte, hautains, fiers, sans aucun sourire. Ils portaient chacun une longue tresse qui tombait sur le côté d'une épaule. Leurs bras musclés étaient chargés d'or et de cornaline. Les deux hommes étaient strictement identiques.

"Les devins sont beaux,  Oh ! Mais qu'ils sont beaux !"

Au moment où il passait devant moi, l'homme à la tresse droite leva son outre en peau de bouc pour se désaltérer. Il profita de ce geste pour jeter un œil alentour.

Et j'ai vu.

J'ai vu un regard noir de bitume qui plongeait dans le mien.